R ive rr eve r | préface

 

Poésie et prose, 2  Même si, je l’ai dit ici et , poésie et prose ne se distinguent pas fondamentalement, il y a parfois des arbitrages délicats entre les deux. Avant de m’en tenir à cette ponctuation avec tirets que j’ai fini par adopter, j’avais essayé successivement plusieurs choses : les vers, le bloc de texte normal sans sauts de paragraphes, les points de suspension, les points-virgules, les points points, rien ne marchait vraiment. Je voulais quelque chose qui ressemble un peu à la poésie sans en être. Il est rare que que je fasse des allers-retours entre les deux formes avant de me décider, sauf indécision caractérisée, comme ç’a été le cas avec ce pauvre Rossinante ! …
 

Le tiret à l’arrachée  L’indécision première préfigure souvent un abandon. Certains poèmes et proses du Güero, notamment, parfois longtemps après avoir été écrits dans leur version “définitive”, ont fait la navette du vers à la phrase et réciproquement. Car un mauvais poème peut donner une bonne prose, force est de constater qu’il y a là une drôle d’alchimie. Dans le cas précis de ces récits de rêve, il a fallu trouver une forme qui traduise comme un flottement entre les deux registres. D’où finalement les tirets, qui en particulier me permettent de multiplier les paragraphes courts sans majuscule à l’initiale. On le voit, chaque nouveau texte décide de sa forme, et parfois même de sa ponctuation : je ne suis pas décideur, mais arbitre.
 

Propos   Je me retrouve avec du rab de temps, du temps dans les mains comme dit l’anglais, juste après un congé d’écriture où j’avais avancé dans Les Futurs. A la “faveur” d’un décollement de rétine, cloué chez moi, avec une bulle presque opaque en avant de l’œil qui me mange la moitié du champ de vision, je vais pouvoir songer à un projet auquel je n’aurais même pas voulu me consacrer en temps ordinaire. Donner une forme à des récits de rêve que j’avais accumulés depuis des années sans rien en faire, à dormir d’un œil.
 

Titre  Ce fut d’abord Ivre Eve, je cherchais tant bien que mal. J’étais parti d’Eve et d’ivy, encore mon lierre, mais je ne sais pas trop ce que la première femme venait faire là : la seule chose claire dans mon esprit embrumé des débuts, c’était que je voulais mettre le mot rêve comme dans une brume justement, fondu, à peine distinct. De là, et par la voie du lierre, j’ai fini par aboutir à l’indistinction franco-anglaise de River Ever, fleuve d’éternité mais aussi, avec ses r qui se déplacent, qui vont sur leur erre, un rêver infinitif m’allant à ravir comme titre sibyllin, trouble et pourtant limpide tel l’eau du Léthé.
 

Préface  Ce livre sera précédé d’une préface [1], déjà bien avancée, où je présenterai ma manière un peu particulière de voir le rêve.

[1] Une préface papier, faut-il le préciser ?