Mû, nu | préface

 

Titre  Mystérieux et limpide, comme j’aime. On est mû par le désir, on est nu dans l’amour. Élémentaire comme les deux lettres, contiguës et semblables, de l’alphabet grec.
 

Propos  Après Essaim — et aussi Délivre — j’ai voulu changer complètement de registre. Ayant fait un sort à l’arbre, ce thème poétique par excellence, n’en déplaise à Breton, qui rêvait de débarrasser la poésie de “ces fameux arbres”, et même si j’étais féru d’arbre bien avant d’être poète, je suis passé avec Mû, nu à un sujet un peu anti-poétique en soi. Certes, l’érotisme est vieux comme la poésie — je ne pense même pas à Martial et ses épigrammes — et de même qu’il y a des tue-l’amour, il y a peut-être des tue-la-poésie. Mais justement je ne cherchais pas à érotiser la chose, je voulais parler de cul, traiter le sujet.
 

Sous-titre  D’où le sous-titre, Cahiers de cul. (Un temps, le notier ou chantier informatique s’est lui-même appelé Atelier cul, ce qui a sans doute amené le sous-titre définitif). Faut-il voir dans l’emploi du mot cahier un hommage à Valéry ? Peut-être, je ne sais plus.
 

Forme  Des aphorismes ou de courtes proses, parfois par séries sous-thématiques. Très écrit et néanmoins conçu comme des notes, un parcours de réflexion jamais mis en ordre, parfaitement, obstinément chronologique. (J’aurais pu dater chacun de ces textes.)
 

Structure  Je regrette vaguement de ne pas les avoir mieux organisés. Certaines séries — faux seins, nudisme — pourraient passer dans les Pays du présent, j’y songe sérieusement. Mû, nu n’a pas vraiment vocation à être publié. De toute manière, c’est un livre bien trop gros pour paraître chez un éditeur de poésie. Quant à un éditeur de littérature générale ? Pour l’anecdote, toujours dans la série epistolero, j’ai proposé en 2001 un échantillon de ces textes à la revue L’Infini, accompagné d’une lettre à Philippe Sollers. J’attends toujours la réponse.
 

Enfer  Il ne me déplaît pas d’avoir ainsi, au fond d’un tiroir, mon petit enfer.