Un güero con un fleco | préface

 

Avertissement  Ce projet m’aura tenu pendant de longues années. C’est ce qu’on pourrait appeler un livre “open-ended”, sans commencement ni fin. Attention, mausolée. Un jour, je ne sais plus à quelle occasion, j’ai lâché cette bêtise qu’il aurait fallu nuancer d’un “toutes proportions gardées” : Le Güero, c’est mon chef-d’œuvre. En un sens très étroit, je le redirais encore aujourd’hui. J’y ai mis toute ma hargne, tout mon savoir-faire poétique, une fois de plus avec beaucoup de guillemets. Un professeur tâtillon inscrirait peut-être un peut mieux faire dans la marge, pour moi je ne crois pas pouvoir mieux faire. Manque d’ambition ?
 

Genèse du projet  Cette “enfance mexicaine” est mon premier grand sujet depuis Essaim. Venu au lendemain de Naissain (Essaim II), Délivre avait été un livre de transition sur un petit sujet — car en poésie comme en danse classique, il y a de petits sujets, n’est-ce pas Degas ? Chaque fois que je suis débordé par la matière, ce qui a été le cas avec Récit (cf. Qu’il soit détruit), j’aborde le livre sous deux angles, je le prends en tenaille poésie et prose — grossière erreur, toujours, mais féconde. De l’arbre au Güero, d’un “symbole” empreint d’enfance à une figure par quoi je vais rouvrir le chapitre mexicain, mon Mexique était tout armé dans ma tête, avec un début, un milieu et une fin. Livre fermé, verrouillé en mémoire, tout à la fois terroir et trésor.
 

Poésie vs. psychanalyse  Quand je lui fais lire l’un de mes poèmes paru dans la très belle revue Le Mâche-Laurier, mon père, après avoir dit qu’il ne pouvait pas lire ça comme ça, a conclu par un jugement sans appel : « c’est pas de la poésie, c’est de la psychanalyse ». Si tel est le cas, je pratique la psychanalyse comme M. Jourdain faisait de la prose. Quoi qu’en ait dit ce juge d’opérette, je pense avoir soigneusement évité l’écueil de l’autofiction, qui n’est pas du tout mon propos. Ce qui m’intéresse, une fois de plus, c’est le symbolique, le mystère, et la musique des mots avant toute chose. Tous les sujets sont bons, ce n’est surtout pas “moi” le sujet.
 

Par parenthèse, la psychanalyse que j’entreprends dans les parages du bouquin a dû libérer le sujet en question, en ce sens qu’elle m’a permis de me représenter le güero, d’établir la bonne distance avec cette figure. Fin de parenthèse.
 

Versions  La première version de ce texte était d’un seul tenant et s’intitulait : Un güero con un fleco ou Dans l’impénétrable. (Ce sous-titre m’est venu en demi-sommeil au cours de la rédaction du Güero. Il a disparu du premier volume, raccourci, afin d’expliciter le propos d’entrée de jeu, en Le Güero ou Une enfance mexicaine, puis a fait sa réapparition sous forme de titre du dernier volume.) J’y faisais alterner binairement des poèmes et des proses.
 

Bilan  Cette enfance mexicaine est close, ce livre est clos : il aura fallu quatre volumes et douze ans d’élaboration. Je n’y reviendrai pas. Seul le projet La Palabra México se situerait dans une péri-enfance. Il devait prendre place dans Le Güero, il en est sorti (au forceps, à coups de pieds), un peu notamment comme l’Imbécile, cette figure avortée. D’autres sujets entés sur ma biographie pourraient m’intéresser, mais il ne suffit pas d’un certain intérêt pour faire de la poésie. Il y faut une urgence, une folie furieuse, conquérante. Le sujet du Güero, en 2001, m’a proprement happé. J’en ai été possédé pendant près d’un an. Il faudrait parler ici de la longue et informe suite immédiate, Echappée – notes pour un autre Güero, dont j’ai fini par tirer une partie des trois volumes suivants. En somme, y compris dans son premier volume, qui avait été écrit tout d’une traite sur une petite année, le texte a été relu, réécrit, remanié des dizaines de fois. Très gros chantier. Chef-d’œuvre ou pas, il m’a beaucoup coûté, comme disait le grand astreignant par excellence, parlant de l’un de ses poèmes.
 

NB :  Les quatre liens ci-dessous renvoient vers des préfaces encore en chantier : je dois y ajouter quelques liens et illustrations. Normalement, ces pages dites « en mode privé » affichent les premiers vers de L’Enfer de Dante dans la traduction anglaise. J’aimerais bien mettre autre chose, ne serait-ce que la si belle version originale, en l’occurrence je ne peux pas, je suis prisonnier de Runo — ceux qui ont lu la Préface des préfaces sauront de quoi je parle !
 

 

Préface du Güero, I

Préface de L’Évidence adorable

Préface du Beau idéal

Préface de Dans l’impénétrable