Les Jours sans | préface

 

Titre (provisoire)  Pour l’anecdote, j’ai dans mes disques durs un fichier de 1993 qui regroupe Toi, Les Jours sans et Lierre terrestre en un seul volume. Sous le titre Ignis. Sans doute un essai de fédération tardif.
 

Titre (définitif)  Tiré bien sûr de l’expression fam. ou pop. “y a des jours avec et des jours sans”. Il faut ici souligner la force poétique de cette sorte de détournement par “extraction” (ou avulsion) que permet la langue. Ce Jours sans-là serait et intransitif, comme dans la jolie locution, et secrètement transitif, puisque Toi est venu s’y agréger, alors même que le livre était indépendant au départ.
 

Toi  n’aura pas les honneurs du site, ce n’était qu’une petite idée, j’y racontais en un vers par page les visites d’Armelle dans ma chambrette d’étudiant. Quelqu’un ceci, quelqu’un cela. L’ensemble est ridiculement court. Si j’en faisais quelque chose aujourd’hui, ce serait un livre-objet.
 

Propos  Les Jours sans étaient un retour aux origines. En pleine rédaction de Napalm (devenu Tir à mitraille), mon premier recueil digne de ce nom, je tombe amoureux d’Olivia, la sœur de mon ami Thomas. Je m’enamoure et retombe en enfance de l’art : l’écriture comme manœuvre de séduction. J’ai 20 ou 21 ans, me voilà revenu à mes 13, 14, 15 ans. Ode à Olivia, et récapitulatif de toutes les “odes” épistolaires : naissance de la vocation poétique dans la lettre d’amour. Les Jours sans devait finalement être la deuxième partie d’un volume (Ignis, voir Titre provisoire) qui se serait ouvert sur Toi et se serait achevé sur Lierre terrestre.
 

Échec ?  Je ne lirai jamais ces poèmes à la destinataire de l’aubade, tout demeurera sur le plan de la catharsis, y compris la “possession” finale à l’intérieur du livre, seule conclusion imaginable. Comme si la transmutation de la lettre en ode avait pu changer quoi que ce soit à la réalité. Olivia était déjà avec quelqu’un, amourette sans lendemain mais très envahissante, les dés étaient pipés, son frère était dans la confidence, je me dis aujourd’hui qu’elle devait être au courant depuis le début. Je venais de perdre Armelle, celle que j’avais cru être la femme de ma vie (5 ans ensemble, ce n’est pas rien à cet âge). Je n’étais pas encore mûr pour un nouvel amour, mais déjà pour me consumer d’amour impossible. Un bon combustible à poésie. J’ai pourtant cru un temps à une efficacité possible de ce texte, étant devenu meilleur poète qu’à 14 ans, quand écrivant des lettres enflammées à Catherine Charlin, mon premier amour, je découvre ma vocation.
 

Re(ma)niement  Remanié des dizaines de fois, c’est l’un des textes que je renierais le plus volontiers. Ne resterait que le titre. Il y avait de l’idée, mais je n’étais pas vraiment à la hauteur de la tâche. J’ai même essayé un temps d’y mêler des extraits de lettres à Catherine Charlin. A force de remaniements absurdes, il ne reste plus grande trace dans le texte de la vérité du sentiment. Cet amour platonique (et jaloux, puisqu’Olivia était avec un autre ami sans l’être), retour de flamme après la longue année mélancolique d’après-Armelle, devait me préparer, sentimentalement et poétiquement, à la rencontre avec la femme dont je partage la vie depuis près de 30 ans.