Poèmes | préface

 

Poésie vs. prose  Il n’y a pas de poésie sans prose et vice-versa. Ce serait l’absurdité d’une définition de dictionnaire qui renverrait alternativement de l’une à l’autre notion, en une sorte de ping-pong lexical. Mes poèmes sont souvent réputés “forts en récit”, je devrais dit-on m’essayer au roman… Avec mon éditeur, nous avons même sous-titré Le Beau idéal “récit”, et pas seulement pour tromper gentiment le lecteur, mais parce qu’il y avait du vrai dans cette définition. (Et puis cela valait tout de même mieux qu’“élégies”, l’un des sous-titres auxquels vous avez échappé.)
 

Pas d’hésitation  Je n’hésite jamais d’un genre à l’autre avant d’écrire. J’ai commencé dans le récit, je voulais écrire de la fiction, du moins je croyais le vouloir. Une autre volonté a fini par s’imposer à moi après dix ans d’errements — entre 13 et 23 ans, à gros traits. Voir préface Proses. Bref, la poésie je n’en sors pas, et c’est très bien ainsi : j’ai eu suffisamment de mal à trouver l’entrée.
 

Saxophone vs. clarinette  Ma position sur la question prose-poésie, la voici, en 43 mots : le poème, c’est le saxophone — la prose, c’est la clarinette. Fondamentalement, me demander d’écrire des romans, d’inventer des histoires, ce serait comme attendre d’un saxophoniste qu’il joue du piano. Certains ont cette polyvalence, grand bien leur fasse.
 

Lire les poètes  En dehors de ces débuts faussement hésitants, il faut dire un mot de mon nourrissage romanesque. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai lu relativement peu de poésie. J’ai attendu d’avoir 50 ans pour “rattraper mon retard”, m’envoyer Ronsard ou Hugo un peu systématiquement. Pour être honnête et tant soit peu exhaustif, il faudrait préciser que Ponge, Char, Michaux, sans oublier Baudelaire et Rimbaud, m’ont ébloui dès 17, 18 ou 19 ans. Michaux, en particulier, m’aurait plutôt entraîné vers la pente de la prose.