Naissain | extraits

 

 

I

 

Essaim, te voilà confiné, rasé de frais, ramené indocile à du lisible. Te voilà borné par trop de clairvoyance, toi qui à la démesure eusses voulu te mesurer. Toi qui voulais tâter de chaque feuille, de chaque feu, de chaque point de l’espace cueilli dans sa fleur. Il a bien fallu t’émonder, te tailler, te faire tenir comme c’est l’usage sous une seule voûte crânienne. Ce que tu perds en luxuriance, tu l’as gagné en équilibre, en “divine” proportion. Mais ce mot fin, cette austère limite, Essaim, tu ne peux t’y résoudre, tu n’es pas au bout de tes joies, et voici qu’aussi sec tu repars sans demander ton reste. Voici que vers cet ailleurs, vers ce silence tu lances ton surgeon gorgé de jeune sève. Te voilà en partance, Essaim, car ton truc à toi, pour ne pas dire ton drame, c’est que tu ne tiens pas en place, tu n’es jamais d’ici, de ce livre même, qu’il te faut sans cesse aller voir ailleurs. Si j’y suis ? et que j’y sois ou non, qu’à cela ne tienne : mon souffle a beau être court, mes doigts ont beau être gourds, de ton espérance désinvolte feu follet tu vas savoir m’ouvrir les bronches, me dilater les capillaires. Me réchauffer jusqu’aux dernières extrémités !