Ordure, ordre | Art po

Il n’y a pas un ordre. Ceci est pour moi une vraie grande révélation, survenue sur le tard. Il m’aura fallu 35 ans d’activité poétique pour en être frappé. L’important, une fois qu’on tient l’unité thématique ou sub-thématique, c’est de trouver des accroches en aérant le texte, pour qu’on ait l’impression que ça s’enchaîne, comme si l’on suivait les méandres d’une pensée. Voilà ce que j’ai fini par comprendre, au détour d’une relecture.  Pas le chemin, l’illusion du chemin. En réalité il n’y a rien là qui ressemble à une pensée, ce sont des éclats de pensée dans le temps. De petites unités, notées çà et là, au fil des jours et de l’inspiration, sous une seule et même rubrique — unités que je vais ensuite « coller », emboîter les unes aux autres, jusqu’à former un discours, voir Philosophie du montage. Qu’on ait l’impression que quelqu’un parle.
 
La seule vraie unité étant celle d’une voix. S’il n’y a pas réellement continuité de la pensée, il faut qu’il y ait continuité de la lecture. C’est à cette continuité-là que je m’attache farouchement, elle est affaire de lisibilité. De toute manière, on n’est jamais dans une démonstration mathématique ni un Rubik’s Cube : il y a certainement plusieurs ordres possibles. Quand j’ai eu enfin compris cela, cette chose fondamentale, je me suis senti libéré d’un poids. Le poids d’une éducation absurde et de très longues années d’imbécillité.
 
Je pars de ma cancrerie fondamentale, qui n’est peut-être pas que de la bêtise, ou alors une idiotie au sens propre, un particularisme très régional : ma pensée n’est pas organisée a priori. Suis-je un esprit confus ? Peut-être et peut-être pas. Car j’avance en glanant à mesure. Je vais droit. Pas n’importe où, pas dispersé. Droit devant moi, dans ce qui n’est pas nécessairement le meilleur chemin.
 
[Noté après le “montage” de la partie Dieu + guerre.]